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Le blog de l'information alternative et de la santé naturelle

Dissertation autour de notre système de réflexion : Conscience et inconscience

30 Janvier 2014 , Rédigé par motarcs Publié dans #Medecines, #Recherches, #Ethique

Quelle est la différence, et où sont forgées nos pensées conscientes ?

Pour le psychologue Daniel Kahnemann, notre mode de réflexion est composé de deux systèmes.

Le premier, la pensée rapide ou système 1 est inconscient, intuitif, et ne demande pas trop d'effort. Il est incontrôlable et non-intentionnel. Ce système n'est pas sujet au doute. Il simplifie les événements, supprime les ambiguités, saute très rapidement sur les conclusions et utilise un système d'associations d'idées pour produire un rapide schéma d'une situation donnée, en vue de construire une histoire la plus cohérente possible. Ce système 1 reconnaît instantanément des modèles de situation et permet de produire des solutions adéquates.

La recherche sur cet inconscient adaptatif suggère que la plupart de ce que nous voulons voir est invisible. Même quand notre esprit est occupé à autre chose, nous pouvons interpréter, évaluer et sélectionner des informations qui servent nos objectifs. Cet « étranger » à l'intérieur de nous-même (titre d'un ouvrage de Timothy Wilson) contrôle la majorité de ce que l'on fait, bien que l'on en ait aucune conscience. L'inconscient adaptatif fournit les impressions qui bien souvent fondent nos croyances, et est à la source de nos impulsions qui deviennent nos choix et nos actions. Il offre une représentation de ce qui se passe autour et à l'intérieur de nous, liant le présent avec le passé récent et avec les attentes du futur. Il est la source de nos jugements rapides et intuitifs.

Il intervient donc dans les prises de décision, les émotions, la motivation, les buts, le contrôle, la métacognition, le libre arbitre, les intentions, ainsi que pour donner du sens à soi-même et aux autres. Non seulement il ne sert pas seulement à analyser rapidement son environnement et à accomplir les gestes de tous les jours, mais il permet aussi à des personnes d'accomplir des tâches et adopter des comportements complexes, et d'adopter des comportements complexes, et accomplir d'autres processus mentaux supérieurs indépendamment de l'esprit conscient. En d'autres termes, une personne peut vivre quasi une existence entière en « auto-pilotage ».

Certains scientifiques estiment que nous sommes conscients d'environ 5% de nos fonctions cognitives. Les 95% restants se déroulent en dehors de la conscience et exercent pourtant un rôle fondamental dans nos vies.

Après ce tour d'horizon des facultés de ce « nouvel » inconscient, que reste-t-il finalement de conscient chez l'être humain ??? A priori pas grand-chose.

Pour pouvoir réagir « au quart de tour », le système 1 a tendance à croire tout ce qu'on lui dit. Ne cherchez pas ailleurs si vous vous demandez encore comment les gens peuvent croire qu'une personne morte depuis 10 ans a pu se faire tuer par des commandos américains au Pakistan avant d'être jeté à la mer, ou qu'un jeune banlieusard qui aimait les filles et les voitures a pu résister pendant une dizaine d'heures à des commandos surarmés et spécialisés, dans un appartement de 38 m² avant de passer à travers plus de 300 balles, pour finir par se jeter du balcon tout en tirant avec deux armes automatiques. Et « cerise sur ce gâteau », il n'est pas mort par les tirs des policiers, mais de sa chute du balcon.... !

Le deuxième système, système 2, que D. Kahnemann appelle pensée lente, est l'esprit conscient, qui lui, utilise d'avantage la réflexion, le raisonnement et demande beaucoup plus d'efforts. Ce qui fait qu'il a la fâcheuse tendance à être fainéant. Bien entendu la plupart des gens pensent utiliser le système 2, bien plus rationnel. Erreur. Il y a beaucoup trop de choses à analyser continuellement pour que le système 2 puisse tout prendre en charge. Un exemple : si l'on demande de multiplier 2 par 2, c'est le système 1 qui va répondre en quelques dixièmes de secondes. Si l'on demande une opération plus complexe, par exemple 16 x 37, c'est le système 2 qui va chercher la réponse et y mettra beaucoup plus de temps. Si l'on ne fait pas l'effort de penser avec le système 2, on aura al fâcheuse tendance à « gober » tout ce que l'on nous « sert » continuellement, médias audiovisuels en tête.

Le résultat de ces nouvelles recherches est que l'homme se ment continuellement à lui-même et ment donc aussi à son entourage. Une personne est souvent ignorante de ses motivations profondes et crée des fictions pour expliquer ses émotions, ses motivations et son histoire. Les histoires qu'elle se raconte sont aussi précises et proches de la réalité qu'un reportage de journal télévisé sur la guerre contre le terrorisme. Prenons l'exemple de la mémoire. Quand nous nous remémorons un souvenir, nous pensons que nous regardons une image exacte du passé, comme une photographie, mais en réalité nous ne voyons qu'une petite partie de cette image, le reste étant « comblé » par l'inconscient. Le système 1 a la fâcheuse tendance à combler les lacunes, à remplir les « trous » de ce qu'il transmet à l'esprit conscient. L'inconscient est passé maître dans l'art d'utiliser des données limitées pour construire une version de la réalité qui apparaît complète et cohérente à son partenaire, l'esprit conscient. Nous utilisons cette méthode pour construire une image de nous-mêmes. Le système 1 mélange faits et rêveries, en exagérant nos points forts et en minimisant ou en occultant nos points faibles. Naïvement, l'esprit conscient admirera cet autoportrait en croyant que celui-ci est une représentation exacte de la réalité. Comme le définit Georges Gurdjieff l'homme se crée des tampons lui empêchant de voir la différence entre ce qu'il pense être et ce qu'il est réellement.

L'homme est en somme une machine qui pense en boucles programmées et ment à son esprit conscient qui vit alors dans ces mensonges... Nous sommes constamment sous l'effet du biais d'auto-complaisance, nous attribuons nos réussites à nos qualités personnelles tout en nous expliquant nos échecs en en rejetant la responsabilité sur les autres/le monde. Les pensées et le comportement d'une personne sont influencées par des stimuli auxquels elle ne prête aucune attention, ou qui lui sont complètement inconscients.

Une étude montre par exemple que l'on peut influencer l'achat de bouteilles de vin allemandes ou françaises exposées dans un supermarché, en faisant simplement passer en fond musical des chansons de l'un ou l'autre de ces pays. Le jour où la musique française était passée, plus de 70% des bouteilles vendues venaient de l'Hexagone. Le même taux a été atteint avec la musique allemande. Si des choix aussi triviaux que cela peuvent être influencés par une simple musique de fond, et ce, sans que nous en ayons conscience, que reste-t-il a attribuer à nos choix conscients ? Nos amis, nos choix vestimentaires, nos goûts, nos pensées, nos partenaires amoureux sont-ils des choix conscients de notre part, où réagissons-nous simplement à des influences extérieures et créons-nous une fiction pour nous expliquer à nous-mêmes ces choix ? Selon Roy Baumeister, psychologue à l'Université de Floride : « Au centre de la question du libre arbitre est le débat à propos des causes psychologiques des actions. Une personne est-elle une entité autonome qui choisit consciemment ses actes parmi une multitude d'options possibles ? Ou n'est-elle qu'un lien dans une chaîne causale, de sorte que ses actions ne sont que le produit inévitable de causes légitimes découlant de faits antérieurs, et jamais personne n'aurait pu agir différemment d'elle ? »

De même que nous ne sommes pas en mesure d'identifier les causes de nos émotions, nous ne connaissons pas les causes qui provoquent nos actions. Daniel Wegner, professeur de psychologie à Harvard, soutient que le libre arbitre est une illusion. Quand nous faisons l'expérience d'une pensée suivie d'une action, nous présumons que la pensée a causé l'action. Wegner fait intervenir une troisième variable : une intention inconsciente, qui pourrait produire à la fois la pensée consciente et l'action. Par exemple, voir une personne obèse peut être la cause de pensées sur la nécessité de consommer des aliments bénéfiques à la santé. Au lieu d'acheter un sandwich, la personne optera pour un repas plus « équilibré ». De ce fait, ce n'est pas la pensée consciente qui est la cause du comportement, malgré l'illusion qu'elle l'est. Toujours selon Wegner, le rôle causal des pensées conscientes a été surestimé : il semblerait que ce serait une explication après coup qui émanerait de l'inconscient.

En 2007, le Professeur John-Dylan Haynes a mené une expérience qui a changé sa conception de l'existence. Ce neuroscientifique rattaché au centre Bernstein de neurosciences computationnelles (BCCN) de Berlin a placé des volontaires dans un caisson d'IRM devant un écran où défilaient des lettres au hasard. Il leur a demandé d'appuyer sur un bouton soit avec l'index droit, soit avec le gauche quand ils en ressentaient le besoin et de retenir la lettre affichée au moment où ils ont décidé d'appuyer sur le bouton. L'IRM fonctionnelle révélait leur activité cérébrale en temps réel. Les résultats ont été plus que surprenants : les sujets prenaient la décision consciente d'appuyer sur le bouton environ une seconde avant de le faire, mais leur activité cérébrale semblait anticiper cette décision avec SEPT SECONDES d'avance, ce qui est énorme ! Autrement dit, c'est comme si, bien avant que les sujets soient conscients de faire un choix, leur cerveau avait déjà pris une décision. Nos décisions semblent donc prédéterminées inconsciemment bien avant que la conscience n'entre en jeu.

Comme le souligne Georges Gurdjieff, le plus gros mensonge que l'homme se dit à lui-même est qu'il soit doté de libre-arbitre. En réalité, la majorité des actions humaines sont mécaniques et influencées par le temps, les besoins, l'humeur, en résumé par les influences extérieures.

Pour aller plus loin :

Système 1 et 2 Les deux vitesses de la pensée – Daniel Kahnenmann

Strangers to Ourselves : Discovering the Adaptive Unconscious de Timothy D. Wilson

Revue Science & Conscience n° 5 – Janvier 2014

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