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Le blog de l'information alternative et de la santé naturelle

Un pamphlet donne le dollar pour mort

19 Avril 2011 , Rédigé par motarcs Publié dans #Géopolitique, économie, manipulations

Philippe Gumy (Keystone)

Dans son dernier ouvrage, la journaliste Myret Zaki peint le portrait univoque et définitif d’une Amérique en déroute et au bord de la faillite. La débâcle serait quasi imminente

La démonstration est sans nuances, péremptoire, définitive. Dans son dernier livre intitulé "La Fin du dollar", la journaliste Myret Zaki a choisi la forme du pamphlet pour établir un diagnostic sur le billet vert. Qui court au krach «inévitable» et constitue «le principal risque planétaire».

Dans son anamnèse du mal américain, la rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, ancienne journaliste au Temps, égrène les chiffres: 14 000 milliards de dollars de dette pour l’Etat fédéral, soit pratiquement 100% du produit intérieur brut (PIB); 50 000 milliards si l’on y ajoute l’endettement des privés, des communes et des Etats; 200 000 milliards en tenant compte de tous les engagements futurs (retraite et de santé).

Le pays n’hésite pas à «frauder» en faisant tourner la planche à billets à plein régime, commente Myret Zaki, et sa banque centrale «n’est qu’un hedge fund» gorgé de dettes pourries.

«Déjà techniquement en faillite», les Etats-Unis sont condamnés à imploser.

Exercice percutant

Le choix du genre pamphlétaire autorise l’usage de formules cinglantes et de la caricature, ce qui présente l’avantage d’expliquer en termes simples des réalités ­compliquées. En gros, la journaliste se fait l’écho de l’anxiété de nombreux Américains, à savoir que les Etats-Unis ne peuvent continuer à s’endetter à ce rythme. Tôt ou tard, le reste du monde ne ­voudra plus leur prêter. Et quoi qu’il advienne, la montée en ­puissance des pays émergents fera immanquablement flageoler un jour, difficilement prévisible, la suprématie du dollar. Personne ne conteste ces réalités. En forçant le trait et en les déclarant imminentes, Myret Zaki les met un peu mieux en évidence. L’exercice est percutant.

L’univocité du message a bien sûr le défaut de ses qualités: la simplification à outrance.

Les Etats-Unis sont ainsi comparés sans autre forme d’explication à la zone euro, en partant du postulat implicite que cette dernière constitue une union homogène.

S’il est pourtant une évidence que la crise de l’euro a révélée pour qui vivait encore dans l’illusion, c’est bien le fait que les dix-sept pays réunis autour de la monnaie unique ne sont qu’un agrégat. Une communauté d’intérêt monétaire sous la supervision d’une banque centrale, mais qui ne dispose d’aucun gouvernement aux compétences budgétaires et fiscales assimilables à celles dévolues à Washington. Amalgamer une possible faillite grecque à celle de la Californie revient du coup à comparer des pommes et des poires. Un citoyen de Los Angeles dont l’Etat se mettrait en défaut de paiement continuerait, le mois suivant, à bénéficier des mêmes prestations de chômage (fédérales) et du même système de base d’assurance maladie (fédéral). En Grèce, tout devrait être revu à la baisse à très court terme.

Autre exemple, évoquer une dette totale de 50 000 milliards de dollars, voire le montant astronomique de 200 000 milliards de dollars, mériterait un calcul identique pour chacun des pays membres de la zone euro. «La mort du dollar» ne le fait pas. A titre de comparaison, notons que la dette hypothécaire due par les ménages helvétiques se monte à près de 750 milliards de francs, soit 150% du produit intérieur brut (PIB) de la Suisse.

Grâce à son univers manichéen – les Etats-Unis en guerre économique contre le reste du monde truquent leurs statistiques et complotent contre l’euro –, Myret Zaki livre un ouvrage d’une lecture aisée. Mais celui qui cherche à comprendre les véritables enjeux des dangereux déséquilibres qui menacent le monde restera sur sa faim. Les défis que devront surmonter la Chine et l’Europe auraient mérité une place bien en vue, indépendamment de la forme littéraire retenue.

Article tiré du quotidien suisse LE TEMPS

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